Patrick HENRY - Magali LOMBARD

Patrick HENRY  -  Magali LOMBARD

Une peur bleue ...

 

 

"Une peur bleue : « A croire que j'ai marché sur l'air. »"

 

 

 

    La vie d'un pilote est rythmée par des victoires, des belles performances ou quelques fois  médiocres, et aussi des frayeurs… 

    Voici, sans commentaire…, un extrait d'un article écrit par Pierre Pagani, en 1973.

    Il donne des frissons et laisse sans voix ; pendant nos trois minutes de lecture, on est transporté à l'intérieur de l'alpine A110 au côté d'Henry et Thimonnier. Préparez-vous à vivre une expérience vertigineuse…

  

 

 

                    

 

 

Article

 

    « Rallye Lyon Charbonnières 1972, Saint Nazaire le désert… Jacques et Pierre avaient déjà remonté et doublé quatre concurrents et le cinquième était en vue : une BMW en plaque allemande.

 

-cinq ! hurla Pierre entre deux notes. Jacques se méfiait : la neige était traître, plus glissante à certains endroits qu'à autres. Dehors il faisait un froid sibérien : trente degrés sous zéro.

 

    La petite berlinette rattrapa facilement la BMW. A côté de Jacques, Pierre Thimonier continuait à attaquer en annonçant les notes, pour stimuler son pilote. Son gros visage séré sous le casque était en sueur. Jacques Henry et Pierre Thimonnier étaient seconds du classement général derrière Jean-Pierre Nicolas, ce n'était pas le moment de flancher ! Et ce diable d'allemand qu'il allait falloir doubler : la route n'était pas large.

 

    Jacques lança un ou deux appels de phare, klaxonna et estima qu'il dépasserait la BMW par l'extérieur dans le gauche qu'il apercevait. Il rétrograda en seconde et, d'un petit coup de volant précis, glissa rageusement le museau de son Alpine entre la BMW et le ravin. Soudain, la voiture allemande s'écarta de la corde. Jacques tenta désespérément de freiner. Trop tard : la berlinette était trop engagée. La BMW toucha l'Alpine qui glissa vers l'extérieur. Tout en tentant de rester sur la route que pas même un petit parapet ne protégeait du précipice, Jacques hurla à l'attention de Pierre :

 

-saute, saute vite !

 

    Mais déjà l'Alpine basculait dans le gouffre. Jacques ferma les yeux, prêt à mourir. Mais il n'eut pas la sensation d'une chute. C'était comme si l'Alpine se balançait sur les airs…

 

    Vaguement inquiet, Jacques tenta d'ouvrir la portière : elle s'ouvrit d'elle-même, attirée par le vide et ce qu'il aperçu soudain le pétrifia de terreur : sous lui, à pic, il y avait deux cents mètres de vide, un trou immense, vertigineux, terrifiant, où le vent glacial tournoyait en hurlant cyniquement.

 

 

                    

 

 

   

 

 

Ni jacques ni Pierre ne pouvait plus parler. La peur les paralysait. Leurs dents s'entrechoquaient. Ils n'osaient même pas bouger : L'Alpine était en équilibre sur la cime du seul arbre accroché au flan du ravin, et se balançait doucement au gré du vent…

 

« A croire que j'ai marché sur l'air »

 

    Je ne me souviens pas du reste, raconte Jacques, tout blanc encore à cette évocation. Mais je suis sorti de l'Alpine. Je l'ai fait sans en avoir conscience comme un somnambule : à croire que j'ai marché sur l'air !Car lorsque je suis revenu avec du secours pour délivrer Pierre, personne n'a pu comprendre comment j'avais pu sortir de cette situation. Plus tard, Pierre a laissé tomber une pierre au fond du précipice et déclenché son chrono : elle a mis vingt deux secondes pour atteindre le fond…

  

    Nous avons vraiment vu la mort de tout près et connu la peur totale, celle qui t'envahit, te paralyse tout entier, te fait trembler, te rend muet, une peur incroyable. Je ne savais même pas que cela pouvait exister. Nous avons mis des jours à nous en remettre. Sur le coup, nous disions : « c'est terminé, nous ne monterons plus jamais dans une voiture ». Ce n'était pourtant pas ma première sortie de route : un jour à la course de côte de Sewen, j'avais dévalé quatre vingt mètres ! Mais c'était ma première peur.

  

    Je suis passé si près de la mort que maintenant je me sens invulnérable. Depuis ce jour, j'attaque comme un damné. La mort a raté son coup, alors tout ce que je vis maintenant, c'est du rabe. »

 

 

 

Article, "Intéral...ement votre Jacques Henry, 24 heures dans la vie d'Henry ou la vie quotidienne d'un joyeux Luron", Jean Lerust, vers 1976

 

 



19/08/2007
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